Les enjeux stratégiques et sécuritaires liés à l'eau : entre tension et coopération

22/03/2016 - Collège des Bernardins, Paris

D’ici 2025, 4 milliards d’individus vivront dans des territoires soumis au stress hydrique, et ce plus particulièrement dans les pays du Sud. L’accès à l'eau représente un véritable enjeu de développement économique dans de nombreuses régions du monde où la pénurie d’eau, exacerbée par les effets du changement climatique, cristallise les tensions politiques et les conflits. Comment l’eau conditionne-t-elle les politiques de territoires ? En quoi l’hydro-diplomatie peut-elle constituer un catalyseur de coopération entre les bassins transfrontaliers ? Comment protéger les infrastructures en eau pendant les conflits et gérer leur réhabilitation ? 

A l'occasion de la Journée Mondiale de l'Eau, (Re)sources a reçu 2 spécialistes pour débattre de ces questions: Franck GALLAND, expert des questions sécuritaires liées aux ressources en eau, directeur général du cabinet d'ingénierie-conseil (ES)², spécialisé en résilience urbaine, auteur du livre « Le grand jeu, Chroniques Géopolitiques de l’eau », et Alexandre TAITHE, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique, auteur du livre « L'eau, un bien, un droit. Tensions et opportunités», L'Harmattan.

La Matinale était animée par Marie-France CHATIN, journaliste à RFI.

 

L'Essentiel du débat

 

  • L’eau est une question de survie et la problématique qui lui est rattachée est particulièrement multiple. L’impact du réchauffement climatique sur l’eau est non seulement une réalité, mais sans doute l’un des plus grands défis pour notre planète.
  • 286 bassins hydrographiques et 592 aquifères traversent les frontières internationales, un nombre qui suggère par lui-même que des tensions peuvent naître et des coopérations se mettre en place, dans un contexte qui se complexifie entre démographie et impératifs de sécurité alimentaire.
  • Parmi les exemples de coopération : 
    • l’accord historique signé en mars 2015 entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan sur le projet de construction du «barrage de la Renaissance». 
    • L’accord sur le bassin de l’Oronte, qui met en scène trois pays, le Liban, où il prend sa source, la Syrie, en guerre depuis quatre ans, et la Turquie.
  • La plupart des tensions interétatiques naissent d’abord à l’échelle locale.
  • Que ce soit au Pakistan, sur l’Indus, ou en Égypte, sur le Nil, c’est bien la manière dont la population s’approprie la ressource qui est au cœur et porte ces tensions.
  • ll est difficile d’isoler la géopolitique de l’eau qu’il faut replacer dans un contexte multisectoriel, à l’échelle locale pour en faire à la fois une question de développement et d’engagement politique
  • La réponse aux problèmes d’eau est donnée à l’échelle locale ; dès lors, la gouvernance mondiale apparaît comme un niveau de sensibilisation, de coopération et d’échange indispensable mais qui demande à trouver des échelles de gouvernance multiples. L’un des freins en termes de gouvernance est lié au fait que l’eau est profondément imbriquée dans d’autres enjeux stratégiques.
  • Même si elle n’est pas perçue par les États comme un enjeu stratégique direct de confrontation, l'eau détermine et réduit la marge de manœuvre de gouvernants dans des secteurs qui eux, sont perçus comme stratégiques : l’énergie, l’alimentation, voire la santé, dans certaines régions.
  • Les États membres du Conseil de coopération du Golfe affichent une volonté de coopérer et un intérêt à partager une infrastructure destinée à répondre à des problématiques d’urgence liées à l’alimentation en eau de leurs grandes villes côtières. L’eau est fédératrice et propice à certains dialogues diplomatiques car les contraintes de ces États sont des contraintes de flux tendus et de tensions sur la ressource.
  • Le Printemps arabe a conduit à des situations chaotiques dans des États, qui souffraient à l’origine d’un manque d’eau, où l’alimentation en eau était difficile, où les investissements manquaient, où les élites ont fui et où les ouvrages électriques et hydrauliques ont été ciblés.
  • La guerre se fait aujourd’hui avec l’eau ; l’eau et l’électricité d’un ouvrage peuvent être coupées dans le but de créer un tsunami en aval, avec un effet désastreux.
  • La prise en otage des infrastructures en eau doit cesser et être dénoncée au niveau international.
  • Il est nécessaire de s’interroger sur la question du droit, celui issu des conventions de Genève. Dans les faits, les protocoles existants ne sont pas respectés. La Cour pénale internationale devra peut-être se saisir demain de ces atteintes à la santé des populations et de ces processus génocidaires par le manque d’eau. 
  • L’eau est un sujet de sécurité collective. Les flux migratoires l’attestent aujourd’hui : les populations quittent leur pays à cause des conflits mais aussi parce que les services essentiels ne sont pas assurés.
  • Il importe que l’eau devienne un enjeu sécuritaire au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’Otan dans la région des pays du sud et de l’est de la Méditerranée, la région la plus pauvre en eau au niveau mondial
  • Les pays du Golfe misent plutôt, depuis quelques années, sur la technologie, notamment le dessalement, qui leur a toujours permis, jusqu’à ce jour, de tirer leur épingle du jeu mais qui n’intègre pas la récupération des eaux usées. Ces pays suivent une logique d’autosuffisance, du « toujours plus de production ». La technologie, bien sûr, fait partie de la solution, mais n’est pas toute la solution. La dimension politique et la capacité à agir sur la demande sont essentielles.
  • Il faut réformer l’usage de l’eau et s’orienter vers des économies, notamment dans l’industrie dans le domaine de la pétrochimie, de l’extraction pétrolière et gazière.
  • Sur le plan de la reconstruction, il faut accélérer le retour à la normale par le recours à la compétence de techniciens et d’ingénieurs et par des financements permettant le rétablissement de la situation le plus vite possible.
  • Il faut repenser les moyens d’intervention en matière de gestion post-conflit et inventer de nouveaux modes opératoires qui associent humanitaires, techniciens de grandes entreprises et les armées.

 

 

Eau
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  • Alexandre Taithe,chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique.
  • Franck Galland, directeur général du cabinet d
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