Gestion des déchets et aide au développement : pas de durabilité sans acceptabilité

23/02/2017

La gestion des déchets est un service essentiel. Sa qualité est un excellent indicateur de la durabilité du développement d’un territoire. Organiser la gestion des déchets suppose un modèle économique global. Et chaque insuffisance dans la chaine qui va de la production au traitement des déchets menace les ressources essentielles et pose des problèmes de santé publique. Des déchets non ou mal traités, ce sont des pollutions des sols, des eaux, de l’air et des conséquences sur le climat lors de la dégradation ou de la combustion des déchets. Trop souvent ignorée de l’aide au développement, l’aide à la gestion des déchets est pourtant nécessaire pour des raisons humanitaires et de préservation de l’environnement.

 

Nécessaire, mais pourtant difficile à mettre en place de façon efficace. Contrairement à l’organisation d’autres fonctions urbaines essentielles comme l’assainissement, la distribution d’eau potable ou l’électrification, qui forment avec la gestion des déchets la trame d’une ville durable, l’investissement dans des unités de traitement ou pour du matériel de collecte ne suffit pas au succès des projets de l’aide au développement. Chaque unité de tri ou de traitement n’est efficace que si ces unités reçoivent des volumes suffisants donc si les habitants sont eux-mêmes le point de départ du processus de collecte des ordures ménagères à traiter. Une aide au développement intelligente a donc parfois intérêt à mettre d’abord l’accent sur l’éducation, la communication en direction des habitants, la formation au geste de déposer les ordures ménagères, bien plus que sur l’investissement. Le bon équilibre entre prévention, sensibilisation des habitants et équipement est donc au cœur de la réussite des projets.

 

Et de façon peut-être encore plus nette que pour d’autres fonctions urbaines, l’acceptabilité sociale de la gestion des déchets doit se conquérir tout au long de la chaîne. Une décharge, le passage permanent de bennes vers une unité de traitement, le consentement à payer l’enlèvement des ordures, sont un problème politique local potentiel, en Europe comme en Afrique. Organiser la gestion des déchets suppose de prévenir les mécontentements. Dans les pays les moins avancés, l’organisation du processus de gestion s’appuie encore sur des activités informelles de tri et de récupération dans les décharges, sur la collecte par des chiffonniers. Un projet d’amélioration est donc tributaire de la qualité de la gouvernance et de l’écoute des parties prenantes.

 

Il est donc encore plus difficile d’intervenir de l’extérieur pour financer ou organiser la montée en gamme de ce service essentiel qu’est la gestion des déchets. Cette fonction-clef du développement durable d’un territoire ne peut être correctement organisée sans un projet porté par les élus, qui part du terrain et se construit dans le dialogue avec tous les acteurs du territoire. Appuyer le développement des projets du secteur du déchet impose donc une aide au développement exemplaire et émancipatrice qui construit avec ceux qu’elle accompagne.

 

Nejma MONKACHI,  Directrice Générale Adjointe en charges des ressources au sein du Syctom et membre de (Re)sources

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  • Nejma MONKACHI, Directrice Générale Adjointe en charges des ressources au sein du Syctom
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