Franck Galland : face au risque climatique, il est urgent de développer des stratégies de résilience urbaine

09/12/2015 - Paris

La conférence de l’ONU sur le changement climatique, COP21, produira, il faut l’espérer, les résultats diplomatiques et politiques escomptés pour limiter le réchauffement de la planète. Néanmoins, cette conférence doit également permettre de jeter les bases de réponses concrètes en matière de résilience urbaine, tant pour les pays du Nord que pour les pays du Sud.

Le changement climatique s’accompagne de catastrophes naturelles toujours plus coûteuses humainement et matériellement. Selon les experts du GIEC, il est manifeste que les sécheresses, les inondations, les cyclones et les incendies sont devenus à la fois plus fréquents et plus intenses sous l'effet du réchauffement, et que la tendance risque bel et bien de s'aggraver.

Dans ces conditions extrêmes, il est plus que jamais nécessaire de développer des stratégies de résilience urbaine au Nord comme au Sud. Pour y parvenir, il semble qu’il faille continuer à tirer des enseignements de crises rencontrées dans un passé récent et qui ont été très impactantes pour les villes qui les ont traversées.

Des initiatives collectives permettent aujourd’hui de partager ce type de retours d’expérience tant en termes de gestion de crise que de reconstruction urbaine après désastre. Il en est ainsi de « 100 Resilient cities », financée par la Fondation Rockefeller, qui offre une transmission de savoir auprès des villes du Nord et du Sud inscrites à ce programme, et leur permet ultérieurement d’être parties prenantes de la Resilient Cities Acceleration Initiative (RCAI) visant au développement de stratégies de réponse et de réduction de vulnérabilités face aux risques urbains et aux désastres naturels.

Au delà de ces retours d’expérience, un enchainement logique vise à mieux préparer concrètement les opérateurs de réseaux essentiels à la vie (eau, électricité, télécom, transport) et les pouvoirs publics, en matière de réponse aux situations d’urgence climatique. Dans ce registre, il s’agit d’atteindre une savante combinaison entre méthode et intégration d’innovations technologiques.

Des plans de continuité et de secours permettent déjà aux collectivités et aux opérateurs de services essentiels de se préparer à gérer des crises extrêmes dues au climat. Ces plans, aux méthodologies éprouvées, doivent être maintenant élargies aux villes du Sud, particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique.

Il s’agit également de renforcer les collaborations Nord-Sud et Sud-Sud permettant aux opérateurs d’infrastructures critiques de rétablir des réseaux essentiels à la vie dans les délais les plus brefs. Sur le modèle des Rapid Deployment Unit Water and Sanitation Abroad de la Techniches Hilfswerk allemande, une force d’intervention rapide sur des réseaux critiques (électricité, eau, telecom, et santé) pourrait être utilement mise en place, dans une logique de réponse mutuelle Nord-Sud face aux désastres urbains.

Il est par ailleurs nécessaire que pays du Nord et du Sud aient un accès commun aux innovations qui apportent des réponses concrètes en matière de prévision, de protection, ou encore d’alerte aux populations.

Les progrès en matière de prévision et de modélisation des inondations pluviales urbaines favorisent par exemple l’évacuation de personnes et de biens, comme des véhicules, qui sans cela se trouveraient piégés par les eaux.

Des équipements de protection et des techniques d’infiltration d’eau de pluie par des innovations végétales permettent également des améliorations visant à lutter contre les débordements de rivière et la surcharge des réseaux d’assainissement.

Enfin, les systèmes d’alerte aux populations connaissent une véritable révolution avec les réseaux sociaux. Durant la tempête Sandy aux Etats-Unis plus de 28 millions de tweets furent ainsi échangés. Google en a également profité pour perfectionner ses cartes concernant les zones sinistrées, dans le cadre de son Google Crisis Response Project. Enfin, des applications pour smart phones fleurissent en matière d’alerte individuelle face aux catastrophes en se basant sur des techniques de géolocalisation.

Des stratégies de réponse nationale se sont également progressivement développées. Le meilleur exemple est celui des Pays-Bas qui vit avec un risque d’inondation permanent. Le savoir-faire et les technologies des Néerlandais, pour prévenir et gérer les inondations, se sont aujourd’hui largement exportés vers des pays désormais régulièrement confrontés à des phénomènes climatiques extrêmes comme les Etats-Unis, la Thaïlande ou encore l’Indonésie.

Les crises que nous risquons dorénavant de subir avec une fréquence et une gravité accrues se doivent donc d’être pensées, autant que possible, en terme d’opportunités comme l’exprime du reste la sagesse chinoise. La signification du mot crise en langue chinoise est en effet l'association des deux idéogrammes Wei (danger) et Ji (opportunité). Ceci exprime tout le paradoxe de la crise : une situation difficile et dangereuse, mais qui permet de saisir des opportunités et de rebondir.

 

Franck Galland

Spécialiste des questions sécuritaires liées aux ressources en eau, Franck Galland dirige Environmental Emergency & Security Services, (ES)², cabinet d’ingénierie-conseil spécialisé en résilience urbaine. Chercheur associé à Fondation pour la Recherche Stratégique, son dernier ouvrage, paru en mars 2014 chez CNRS Editions, est intitulé «Le Grand Jeu. Chroniques géopolitiques de l’eau ».

 

 

 

 


 

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