Accès à l'énergie en Afrique : changer de logiciel

12/01/2017

Alors que se sont éteints les projecteurs sur Marrakech et que sont repartis les pèlerins du climat venus pour la COP 22, grande est notre satisfaction de constater que l’accès à l’énergie est désormais au cœur de toutes les discussions. Et pour cause. Les populations les plus touchées par les dérèglements climatiques en sont aussi les moins responsables et revendiquent, bien légitimement et de façon urgente, d’en bénéficier. Deux chiffres suffisent à illustrer cet enjeu : plus de 600 millions d’Africains sont privés d’électricité et  80 % d’entre eux vivent en milieu rural là où les réseaux n’arriveront pas avant longtemps, s’ils parviennent un jour à couvrir ces territoires déshérités.

 

L’accès à l’électricité n’est pas une fin en soi mais c’est bien la condition sine qua non du développement, souvent le seul moyen de bénéficier d’une eau potable et d’un réseau d’assainissement, d’accéder aux soins et à l’éducation, d’assurer la sécurité des siens… C’est donc un enjeu de tout premier ordre pour des raisons humanitaires. Mais pas seulement. C’est aussi le moyen de favoriser l’émergence d’une activité économique susceptible de générer un revenu, même modeste (artisanat, petit commerce…). C’est enfin un enjeu crucial pour la stabilité du monde car les millions d’hommes et de femmes, souvent jeunes, qui sont ainsi laissés pour compte disposent dans leur écrasante majorité, d’un téléphone portable qui leur fait miroiter le confort de sociétés qu’ils n’auront de cesse de vouloir rejoindre…Il est donc urgent d’agir.

 

La mobilisation des pouvoirs publics est un premier pas, notamment celle des 54 chefs d’État du continent africain qui ont souscrit à l’Initiative Africaine de Développement des Energies Renouvelables (IAER) lancée en 2015 à Paris. Car c’est bien dans ce cadre que la France a pris soin d’aller présenter aux Nations-Unies, le 24 septembre dernier, les 240 projets de production d’énergie renouvelable qui pourraient bénéficier des premiers financements internationaux sur la base de critères objectifs et partagés. C’est un premier pas. Nous nous félicitons aussi des coalitions d’acteurs qui vont accélérer le déploiement des grands programmes comme la Terrawatt Initiave (TWI) ou encore l’Alliance Solaire Internationale (ISA) pour ne citer qu’elles.

 

Mais ce n’est pas suffisant. Pour que des réalisations en milieu rural soient en fonctionnement réel avant la fin de la décennie, il faut aussi travailler à une autre échelle. Celle des programmes de quelques kilowatts qui permettent à un groupement de villages de disposer d’un réseau électrique susceptible d’apporter le minimum nécessaire pour les besoins domestiques, mais aussi communautaires à partir d’unités de production d’énergie renouvelable décentralisées. Il faut aussi travailler avec tous les acteurs, notamment avec ceux qui depuis des décennies œuvrent sur le terrain, organisations non gouvernementales du Nord et du Sud ou petites sociétés locales, car ce sont les mieux à même d’identifier les besoins et de garantir la pérennité des installations.

 

La convergence de ces deux approches – les grands projets et les petites réalisations ; les grands comptes et les acteurs de terrain – est inédite et nous demande à tous de changer de logiciel. Mais c’est la condition sine qua non pour atteindre l’objectif que se sont donné les Nations Unies, en 2015, en marge de leur assemblée générale, à savoir « garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable ».

 

 

Vincent JACQUES le SEIGNEUR, président de la Fondation Energies pour le Monde

 

 

 

 

 

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  • Vincent Jacques Le Seigneur, président FONDEM
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