Transformation digitale et accès aux services essentiels dans les pays en développement

07/03/2017 - Collège des Bernardins, Paris

Les technologies digitales apportent de nouvelles opportunités pour l'accès aux services essentiels dans les pays en développement. En offrant de nouvelles clés de compréhension, elles sont des outils d'aide à la décision. En numérisant les processus ou en connectant les infrastructures, elles promettent efficacité et intelligence dans la gestion ou l’exploitation des réseaux. S’embarquant sur mobile, elles renouvellent la relation aux usagers.

Quels sont les différents leviers du digital pour répondre aux problématiques de l'accès aux services essentiels dans les pays en développement ? Comment penser la transformation numérique d’un opérateur de service ? Quelle exploitation des données pour mieux comprendre les comportements socio-économiques des populations et proposer des solutions ad-hoc ? En quoi la reconnaissance des opportunités du numérique dans l’Agenda 2030 pourrait-t-elle accélérer l’atteinte des Objectifs du Développement Durable dans l’accès aux services essentiels ?

Débat avec Nicolas Decordes, vice-président marketing anticipation du Groupe orange, Gwenael Prié, chef de projet Télécoms et Numérique au sein de la Division Transport, Télécoms & Energie durable de l'Agence française de développement (AFD) et David Menascé, consultatn spécialisé dans les stratégies d'accessibilité au marché "Bottom of the Pyramid".

 

L'essentiel du débat

 

Données chiffrées

  • 5 milliards d’usagers de téléphonie mobile

  • 550 millions de comptes d’argent mobile

  • 3,5 milliards d’usagers internet

  • 300+ hubs innovation en Afrique

  • A l’échelle de la planète, 90% de toutes les données numériques ont été créées ces deux dernières années

 

Données générales

Le numérique bouleverse à la fois les technologies – la Smart city -, les usages – l’économie du partage ou collaborative -, ainsi que les modèles économiques.

La révolution numérique prend trois formes :

  • La première révolution est celle de la connectivité. Nous sommes passés, en l’espace de 10 ou 20 ans, d’un usage de la téléphonie mobile, essentiellement dans les pays du Nord, à l’explosion de son adoption à travers la planète. Nous comptons cinq milliards d’usagers de téléphones portables dans le monde, y compris dans les pays les plus modestes avec une progression constante. Internet se place derrière le mobile avec la moitié de la planète comme usager régulier. Il n’existe aucune autre technologie que le mobile dans l’histoire de l’humanité qui ait réussi à atteindre autant de personnes en un temps aussi court.

  • La deuxième révolution est celle des services et de l’innovation. Une multiplicité d’applications et de services d’usages variés émerge sur la plateforme du mobile, notamment sur celle du smartphone. Ce florilège d’applications se traduit par l’apparition d’un certain nombre de nouveaux usages dans les pays en développement. Le plus connu est celui du paiement mobile. L’on recense, aujourd'hui un demi-milliard de comptes mobiles à travers la planète, dans plus de 90 pays.

  • La troisième révolution est celle des données. Nous mesurons leur exceptionnelle explosion au fait que nous avons produit autant de données numériques au cours des deux dernières que dans toute l’histoire de l’humanité.

Le temps de l’innovation numérique, qui nous vient de la Silicon Valley, est plus court que celui de des administrations.

L’exploitation des données

Dans le domaine du digital, le croisement des données est essentiel pour tirer des conclusions ou aider à la décision.

Cette masse de données explorables, de plus en plus accessibles et de moins en moins chères, permettent de mieux comprendre les territoires, suivre le développement urbain et planifier des extensions d’infrastructures et ce, de manière plus précise et avec plus d’impact.

Trouver dans les fichiers des opérateurs des données pertinentes, dans des conditions éthiques et de respect de la vie privée, pour permettre ainsi l’émergence de la nouvelle information dans les pays en développement est crucial.

 

Exemple de l’impact du digital sur l’énergie, aux transports, à l’eau ou l’éducation

  • Le digital peut avoir un impact dans toute la chaîne de valeurs de l’énergie. Il est possible de mieux distribuer le digital en donnant de l’information, de changer de fournisseur, de le prépayer, d’avoir des services d’effacement, et de distribution de pair à pair.

  • En matière de transport, il est possible d’analyser les déplacements sur les routes, les mouvements dans les villes, de faire des business model pour transporter des paquets, ou encore d’identifier le lieu d’installation d’hôpitaux.

  • Les antennes téléphoniques s’allument de manière plus intense là où la fréquentation des points d’eau (puits) est plus forte. De la même manière, le signal d’éclairage s’intensifie en fonction du niveau du rechargement des téléphones et diminue sensiblement lorsque les personnes n’ont plus les moyens de les recharger. Cette baisse est un signe indicateur de risques.

  • Le numérique offre la possibilité de mieux communiquer avec les responsables des réseaux d’eau, de les aider à collecter de l’argent, de leur apporter un soutien à distance, et de réagir immédiatement lorsque la pompe ou un équipement tombent en panne.

  • Dans le domaine de l’éducation, des cartes de taux d’alphabétisation sont construites en analysant l’usage des téléphones mobiles. Une proportion est établie entre le nombre de textos et le nombre d’appels : ceux qui savent écrire envoient des messages.

  • L’on observe un usage étonnant des données dans la gestion de crises. En France, Orange a réalisé un travail spécifique dans ses labs où une forte activité des réseaux a été constatée lors des grandes inondations en octobre 2014. Les signaux de détresse émis depuis ces réseaux ont permis de procéder à des interventions d’urgence.

Le paiement mobile

Le paiement mobile est l’une des grandes briques numériques sur lesquelles construire de nouveaux usages, de nouveaux services et apporter de nouvelles compréhensions. L’exemple du « pay as you go » est emblématique : il a permis de produire à bas coût des kits solaires connectés, d’avoir à disposition un petit panneau solaire, une petite batterie, éventuellement quelques lampes LED, de les distribuer, non pas sous forme de paiement, mais de les louer, avec un paiement mensuel par téléphonie mobile.

Avant l’argent mobile, l’immense majorité de la population se trouvait exclue de tout service financier, car les banques se désintéressaient de personnes sans revenu régulier. L’on recense aujourd’hui 500 millions de porteurs de comptes d’argent mobile qui ont accès à des services financiers, même basiques, de transfert d’argent auxquels ils n’avaient pas accès, ou auxquels ils avaient accès à des coûts extrêmement élevés.

Plateformes de services

La question des plateformes concentre la notion de taille et de standardisation.

Les plateformes qui existent dans un grand nombre de services et de domaines sont les gagnantes du développement du Web ces dernières années. En revanche, pour la mobilité, l’équipement individuel ou la gestion des déchets qui nécessitent le simple usage d’une voiture ou d’une camionnette, la question de l’émergence de nouvelles applications se pose pour « réintermédier » et réorganiser les chaînes de valeurs entre une multitude de fournisseurs artisanaux de services potentiels et une multitude de clients qui, aujourd'hui, bénéficient d’un service de mauvaise qualité.

Le Sud, plus qu’au Nord, renferme un potentiel de développement important puisque les besoins ne sont pas couverts avec un existant satisfaisant et une régulation souvent peu développée. Des services déjà décentralisés et fournis par une multitude de petits artisans existent et offrent un potentiel d’«ubérisation » des déchets ou d’une plus forte « ubérisation » de la mobilité dans les villes du Sud.

Une multitude de petites plateformes donneront un jour lieu à des phénomènes de concentration et simplifieront l’expérience utilisateurs tout en faisant baisser les coûts.

Passage à l’échelle

Trois conditions de succès de passage à l’échelle sont nécessaires :

  • Assurer une meilleure connectivité : cinq milliards de personnes possèdent un téléphone mobile mais la connexion à Internet reste encore prohibitive dans de nombreux pays. La connectivité à Internet et aux usages numériques reste encore réservée aux jeunes hommes urbains qui ont un peu d’argent. Travailler sur une meilleure connectivité et la capacité des personnes à comprendre les outils numériques et à s’en saisir est une première condition de succès de passage à l’échelle. Seule une taille critique des clients et des utilisateurs peut assurer le succès d’une application numérique.

  • Repérer les innovations les dupliquer, et les passer à l’échelle. Il est également possible d’intervenir sur les écosystèmes d’innovation (incubateurs, universités, parcs technologiques) qui proposent des conditions favorables aux jeunes entrepreneurs en leur offrant des services, des formations et les moyens nécessaires pour pousser leurs idées jusqu’au marché, voire jusqu’à leur mise à l’échelle.

  • La troisième condition est d’intervenir sur la question des données en faisant de leur ouverture une opportunité d’externalité vers l’innovation.

Gouvernance

En matière de gouvernance, le numérique offre une voix à tous et, en particulier, à des personnes qui en sont dépourvues, en les impliquant beaucoup plus facilement dans certaines décisions collectives.

Pour un monde digital en bonne santé, nous devons trouver les bonnes règles. Or il faut absolument aller vers plus de transparence quant à la manière de faire les calculs d’algorithmes, car il est possible d’introduire des biais très pervers. Il faut donc clarifier à la fois les principes de gouvernance, les bonnes pratiques et et la formation des personnes.

La gouvernance est un sujet inépuisable, surtout lorsqu’il est question de l’identité. L’inde a réussi à octroyer une identité numérique – prise d’empreintes, scan de visage et de l’iris - à 1 200 millions de personnes en l’espace de quatre ans grâce à un nouveau système Harvard, pour moins d’un euro 

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  • Matinale digital et accès aux services essentiels

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