Patrice Fonlladosa, Président de (Re)sources : « Gérer le risque africain, c’est savoir gérer l’avenir, donc l’audace »

Les enjeux d’opportunité sont devenus notoires et partagés, entre démographie, jeunesse et accélération de l’urbanisation, mais aussi formidable capacité d’innovation et de bouleversement des modèles de développement… Mais alors pourquoi donc le « risque africain » reste-t-il, dans la plupart des entreprises françaises, si surévalué, déformé, caricaturé ?

Dans trente ans, deux Africains sur trois vivront en ville, le double d’aujourd’hui, soit plus de 1,4 Mds de femmes et d’hommes. Déjà, le nombre de villes africaines qui dépassent le million d’habitants est-il de 10, de 20, de 30 ? Non, plus de 52 villes à ce jour ont déjà dépassé ce stade, et la révolution urbaine sans précédent à l’échelle mondiale est en marche. Lagos dépasse 24 millions d’habitants, Le Caire 21, Kinshasa plus de 17…

À croissance équivalente, en 2050 l’Afrique aura triplé son PIB en trente ans. Le potentiel est considérable pour qui saura regarder et comprendre les enjeux terriblement modernes du continent. Transport, aménagement urbain, énergie, eau et assainissement, déchets, les besoins des villes ont été évalués à plus de 45 Md $ par an (Source : BAD), chiffre purement théorique tant le déploiement de telles ressources, se heurte aux réalités de gouvernance, de continuité de politique publique, ou plus simplement d’acteurs de terrain suffisamment formés.

Dans les états-majors de nos sociétés françaises, ce qui devrait représenter un champ de croissance prioritaire pour nos entrepreneurs se réduit très souvent à la crainte, à la méconnaissance plus qu’au choix assumé de priorités stratégiques. Les échecs sont abondamment cités, les aventures racontées et la gestion trop approximative des différences culturelles font loi au moment des arbitrages dans les décisions d’investissement.

Et pourtant oui, c’est possible. Et l’histoire récente de plusieurs sociétés – et pas seulement des grands groupes, avec leurs blessures et leurs victoires – éclairent quelques pistes pour les autres :
* Répondre localement aux expressions locales des besoins. Il n’est plus question « d’appliquer » des modèles imaginés dans les sièges sociaux continentaux, mais de bâtir en pleine acceptation avec les acteurs locaux les services et l’infrastructure dont ils vont bénéficier.
* Décentraliser le pilotage et la responsabilité de la gestion au plus près, pour en garantir une appropriation des bénéficiaires, seule gage de pérennité.
* Se répartir les rôles de façon claire, partagée et transparente. Le secteur public trace les voies du long terme – niveau des services, tarifs, formes de partenariat – et le secteur privé assure la performance de sa mise en œuvre, avec le soutien des moyens financiers à sa disposition et qu’il autofinance en partie.

Mais aussi, et c’est sans doute le plus nécessaire :
* Partager la richesse créée. Même lorsqu’il s’agit de vendre des biens et services à usage unique ou limité, comment ignorer l’origine du terrain même de cette création de richesse ? Géographique, mais surtout humaine.
Et innover, encore et toujours, en s’appuyant sur les femmes et les hommes.

Ceux qui réussissent n’ont pas forcément plus de talents ou des techniques d’avant-garde, ils ont d’abord la capacité à gérer les risques au cas par cas tout en conservant la flexibilité indispensable à une adaptation permanente indispensable.
Gérer le risque africain c’est savoir gérer l’avenir, donc l’audace.

Lire l’article d’origine sur Africa Presse >

Share This

Copy Link to Clipboard

Copy