MONTÉE EN PUISSANCE DU FAIT URBAIN : L’AGENDA INTERNATIONAL CHANGERA-T-IL VRAIMENT LA DONNE EN MATIÈRE DE GESTION ET D’ACCÈS AUX SERVICES ESSENTIELS ? (8h30-10h00 – Collège des Bernardins)

Montée en puissance du fait urbain : l’agenda international changera-t-il vraiment la donne en matière de gestion et d’accès aux services essentiels ?

La prise en compte du fait urbain par la communauté internationale est aujourd’hui une réalité. En témoignent l’adoption de l’objectif 11 sur les Villes par les Nations Unies, l’accord de Paris, décisif pour l’avenir des villes exposées au changement climatique, ou encore la tenue en octobre prochain de Habitat III, grande conférence onusienne sur la problématique des villes.

Quel nouveau rôle se dessine pour les villes, acteurs en première ligne de la gestion des services essentiels ? En quoi le nouvel agenda urbain de Habitat III pourra-t-il accéler la mise en oeuvre des grands programmes internationaux (Objectif 11 des ODD et accord de Paris) ? Quelles seront les prochaines étapes qui traduiront sur le terrain les actions en faveur d’une meilleure gestion des ressources et d’un plus grand accès aux services dans les villes en développement ?

Débat avec Henry de Cazotte, représentant spécial du Ministère des Affaires Etrangères et du développement internatioanl pour Habitat III, Bertrand Gallet, directeur de Cités Unies France et membre de (Re)sources et Benjamin Michelon, sociologue et urbaniste, président de ADP Villes en Développement;

Débat animé par Marie-France Chatin, journaliste à RFI

La Matinale était organisée en partenariat avec ADP Villes en développement 

L’essentiel du débat

Chiffres clés 

Les villes n’occupent que 3 % des terres émergées, mais elles concentraient déjà 56 % de la population mondiale en 2015 – aujourd’hui 3 milliards d’urbains – chiffre qui devrait être porté à 60 % de la population mondiale en 2030, soit 5 milliards d’urbains et 70 % des quelque 10 milliards d’habitants prévus en 2050. sur les deux milliards de nouveaux citadins attendus en 2030, dont une proportion de 58 % seront Asiatiques et 27 % Africains.

Rappel historique sur le traitement de la question urbaine au niveau international

Habitat III intervient 20 ans après la conférence d’Istanbul, Habitat II, et 40 ans, après celle de Vancouver, Habitat I, elle-même issue de la première conférence sur le développement durable en 1973

En 1996, alors que l’urbanisation poursuit son essor, émerge la problématique du droit au logement et celle de l’accès au service public et face à l’incapacité de l’État planificateur, Habitat II en appelle à l’action décentralisée des autorités locales pour maîtriser l’expansion urbaine.  La bataille menée, à partir d’Habitat II, a été de faire émerger l’idée de la décentralisation (transfert des compétences des États aux collectivités locales) et la notion de réseaux des collectivités locales.

Cités Gouvernements Locaux Unis (CGLU) dont Cités Unies France fait partie, a été créée en 2004, réunissant les deux grandes fédérations mondiales de collectivités, celles du monde libre et celles des non-alignés.

Habitat III a lieu une année après les événements et les décisions de 2015, qui réécrivent ce qu’est le développement durable international et la nouvelle feuille de route pour le 21e siècle pour les 50 années à venir 

Les grands acquis de 2015 

La question urbaine en général 

Les enjeux relatifs à l’urbanisation – poussée migratoire, lutte contre la pauvreté, accès aux services, marginalisation de certains quartiers, densification des transports et pression foncière et également impact du réchauffement climatique – évoluent beaucoup plus vite que le rythme des conférences de Habitat III tous les 20 ans.

Le monde ne s’est jamais autant intéressé aux problématiques d’urbanisation qui appellent à une régulation mondiale et à un retour aux territoires. Les Maires, à l’échelle internationale, sont plus audibles qu’auparavant et l’ont été particulièrement pour la question climatique. À travers ces conférences thématiques (Rio, Pékin,…), se dessine le lieu d’une bataille : la création par les Nations Unies de la société civile et le fait qu’elles sont de plus en plus dépossédées d’un véritable rôle de décision.

Cependant, si la question du climat semble avoir trouvé sa place, celle liée au phénomène urbain, peine encore à occuper l’espace dans le débat international.

Les acteurs et les structures existent : ONG, entreprises, chercheurs, politiques, financeurs, collectivités locales mais les moyens sont soustraits à un problème de leadership.

Par ailleurs, le financement de la ville est un point majeur alors que l’argent n’est pas orienté vers les besoins, à savoir la planification et la construction de la ville

Les questions urbaines sont sans doute trop larges pour pouvoir donner lieu à des décisions fermes, claires, précises et quantifiables

Conférence de Quito 

193 pays étaient représentés à Quito pour délivrer un Nouvel Agenda Urbain, avec pour objectif de structurer la communauté urbaine et cela après deux ans de négociations préparatoires.

Le Nouvel Agenda Urbain est un document de référence qui servira aux acteurs, aux institutions, aux collectivités locales et à tous ceux qui sont actifs dans le domaine urbain. Il définit quelques principes assez simples : la ville doit lutter contre la pauvreté, un thème que la France a imposé comme un sujet prioritaire, elle doit être prospère pour tous et enfin résiliente, capable de se protéger contre les catastrophes.

Trois priorités de mise en œuvre de cet agenda ont été portées par la France : une priorité sur la gouvernance avec une place prépondérante pour les collectivités locales, une priorité pour le retour de la planification (intégration) et une priorité pour le financement (renforcement de capacité, technologie,…)

Un effort a été fait pour repositionner la ville de façon institutionnelle au sein du système des Nations Unies. Malgré plusieurs solutions envisagées, les 4 ou 5 pays champions qui porteraient ce sujet et pourraient en faire un objet de négociation, n’ont pas été identifiés.

Le droit à la ville, un point important, a été aussi ardemment négocié mais n’a pas abouti. La question du droit à la ville, mentionnée dans le Nouvel Agenda Urbain, pose d’importants problèmes de mise en œuvre, notamment d’implication des États et des collectivités locales dans des stratégies  d’intégration des habitants

Si la conférence de Quito était un succès en termes de participation (20 000 personnes), d’animations et de contenu, le produit de Quito aurait, dans la machinerie internationale, être plus utile à l’avancement du grand Agenda global de développement.

Après le succès de Paris, celui de Quito est mitigé du fait d’une faible présence des chefs d’Etats et d’un manque d’autorité de UN Habitat, l’agence onusienne sur les villes qui peine à se faire entendre.

La conférence de Quito a été quelque peu ambigüe du fait d’une hésitation entre  trois orientations :

  • Les ODD doivent-ils être appliqués à partir d’une entrée urbaine comme par exemple partir de l’ODD 11 et de l’ensemble des cibles et des sujets urbains qui se retrouvent dans tous les autres objectifs (santé, éducation, infrastructures, croissance,  biodiversité, changement climatique, eau, énergie, …) ?
  • L’agenda doit-il être séparé comme suggéré par une partie des négociateurs, donc écarté de la négociation globale ?
  • L’agenda doit-il être la simple mise en œuvre de l’ODD 11 avec ses 14 objectifs ?

Enfin, il a été décidé d’organiser une réunion tous les 4 ans pour changer le rythme incongru d’une conférence tous les 20 ans.

Enjeux des villes africaines (ex de Douala)

L’enjeu de la ville de Douala est double : une ville qui s’est fabriquée sans réussir à maîtriser son expansion et une ville en cours de fabrication, à la conquête de nouveaux territoires.

A l’origine des villes, dans les années 1910, les gens n’avaient pas le droit d’habiter en ville s’ils n’y travaillaient pas. Les villes, réservées à certaines élites, étaient duales, c’est-à-dire partagées entre la ville des colonisateurs et celle des indigènes.

Comment faire aujourd’hui la ville inclusive quand les collectivités locales promeuvent, bien souvent, la ville compétitive ? Les projets mis en œuvre à Douala, sur la base d’un ratio à l’hectare, nécessiteraient 90 milliards de francs CFA pour que la ville précaire et informelle de Douala soient réhabilitée ; au-delà de la problématique financière, cette situation pose un problème de discours « comment accepte-t-on cette ville informelle ? » et de stratégie  « comment faire : nous occupons-nous des futurs quartiers, rallongeons-nous les réseaux ou nous occupons-nous des réseaux existants ? »

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